Le Sénat de la République Démocratique du Congo a été le théâtre, ce jour, d’un nouvel appel à l’ordre concernant la gestion des autorités coutumières. Le Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Joachim Shabani Lukoo, a été interpellé à la chambre haute du Parlement à travers une question orale avec débat initiée par le sénateur Jean-Pierre Batumoko, élu de la province du Haut-Uele.
Initialement axée sur la problématique de la déstabilisation des Entités Territoriales Décentralisées (ETD), la séance a rapidement mis en lumière le cas sensible du groupement Bugutali, actuellement plongé dans une crise de succession caractérisée par l’existence d’une double administration coutumière.
Depuis plusieurs mois, le groupement Bugutali est dirigé simultanément par deux figures, une situation qui alimente une crise de légitimité et compromet la paix sociale.
Il s’agit, d’une part, de Sa Majesté César Mbiliki III, désigné et intronisé conformément aux rites de la coutume locale et à la loi portant statut des autorités coutumières en République Démocratique du Congo.
D’autre part, Monsieur Isabhu Médard, présenté comme un régent « imposé par le Vice-Premier ministre », selon les termes employés par le sénateur Batumoko.
Prenant la parole devant ses pairs, l’élu du Haut-Uele a apporté un élément qu’il juge déterminant dans ce dossier. Il a affirmé que Isabhu Médard serait le fils légitime de feu chef Senze Menge Gaspard, lequel, selon lui, n’était que secrétaire du groupement Bugutali à l’origine, dans le territoire de Niangara.
Pour le sénateur Batumoko, cette situation constitue une violation flagrante de la lignée successorale et des règles traditionnelles d’intronisation reconnues par la loi, renforçant ainsi l’argument selon lequel la désignation d’Isabhu Médard serait irrégulière.
Un appel solennel à la cohésion sociale
Face à cette crise, le sénateur Jean-Pierre Batumoko a formulé une recommandation claire et sans équivoque à l’endroit du Vice-Premier ministre de l’Intérieur : la restitution immédiate du pouvoir coutumier du groupement Bugutali à Sa Majesté César Mbiliki III.
« La seule voie pour garantir la cohésion sociale et la paix dans ce groupement est de rendre le pouvoir à celui qui est désigné par la tradition », a-t-il martelé devant la plénière du Sénat.
À ce jour, le groupement Bugutali demeure sous la direction concurrente de deux autorités coutumières. La balle est désormais dans le camp du VPM de l’Intérieur, dont la réponse est vivement attendue afin de mettre fin à cette crise administrative et coutumière qui fragilise la stabilité sociale et l’autorité de l’État dans cette entité.
Dudu Joseph

