La disparition progressive des pâturages collectifs dans le territoire de Mahagi inquiète les acteurs locaux. Le notable Agenong’a Wong’u alerte sur les conséquences de la vente illégale et anarchique de ces espaces, qu’il considère comme une menace pour la cohabitation entre éleveurs et agriculteurs.

Dans un plaidoyer adressé au Représentant du Chef de l’État chargé de la Grande Orientale, ce notable appelle les autorités à intervenir rapidement afin de préserver les espaces pastoraux et prévenir une éventuelle montée des tensions dans plusieurs chefferies du territoire de Mahagi.

Des pâturages collectifs progressivement menacés

Selon Agenong’a Wong’u, le secteur de l’élevage en Ituri souffre depuis plusieurs années d’un manque d’encadrement efficace. Il rappelle que depuis 1982, le service des Pêches et Élevages aurait abandonné progressivement le suivi du secteur de l’élevage, laissant plusieurs difficultés s’installer.

Il déplore également la disparition de l’ACCOPELI, une structure qui, d’après lui, avait permis un meilleur accompagnement des éleveurs de la province.

Le notable accuse la gestion actuelle des pâturages collectifs d’être à l’origine de plusieurs tensions, notamment à cause des ventes à des particuliers qui réduisent les espaces disponibles pour les éleveurs.

« Les ventes de pâturages collectifs aux particuliers sont à la base des conflits récurrents intracommunautaires », affirme-t-il dans son document.

Plusieurs chefferies de Mahagi concernées

La situation touche plusieurs chefferies et entités du territoire de Mahagi où certains pâturages collectifs auraient été transformés en champs agricoles ou en lieux d’habitation.

Les zones citées sont notamment :

– Chefferie des Angh’al : Angol Yero, Djaju, Nyarambe, Nyalwith et God’ulwang’ini ;
– Chefferie des Ang’Nal : Ane, Ujengo, Ang’Yela, Upethu et Aranga ;
– Chefferie des War-Palara : Tido ;
– Chefferie des Panduru : Azii, Diale, Laza et Aleo ;
– Chefferie des Mukambo : Cawa ;
– Chefferie des Jukoth : Uguro, Yuyu, Draju et Jupukelo ;
– Chefferie des Wagungu : Kolokoto, Fungu et Angodi.

Pour le notable, cette situation affecte non seulement les activités pastorales, mais fragilise également une identité économique de l’Ituri autrefois reconnue pour la qualité de son élevage et de sa viande dans la région.

« Camu ku madu », une expression au cœur des tensions

Dans les discussions locales autour de ces conflits liés aux pâturages, une expression revient souvent : « Camu ku madu », qui signifie littéralement « à boire et à manger ».

Cette expression traduit, selon plusieurs acteurs locaux, la complexité des enjeux liés aux terres pastorales, où se mêlent intérêts économiques, accès aux ressources et rivalités communautaires. Une réalité qui rend davantage difficile la recherche des solutions durables.

Une commission mixte pour prévenir une crise

Face à cette situation, Agenong’a Wong’u propose la mise en place d’une série de mesures destinées à ramener la confiance entre les différentes parties.

Il recommande notamment une mission d’inspection impliquant les services de l’Agriculture et de l’Élevage ainsi que les structures concernées, afin d’établir les responsabilités et trouver des solutions adaptées.

Il plaide également pour une meilleure organisation des structures d’encadrement des éleveurs et appelle à la création d’une commission mixte Éleveurs-Agriculteurs, chargée d’enquêter sur les conflits, suivre la gestion des pâturages et favoriser le dialogue entre communautés.

Alors que les conflits liés à l’accès à la terre demeurent une source de tensions dans plusieurs territoires de l’Ituri, le notable de Mahagi appelle à une intervention rapide des autorités pour éviter que la question des pâturages ne devienne un nouveau facteur d’instabilité dans la province.

Rédaction

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